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L’histoire du mouchoir est riche, complexe et fascinante. Sa forme et sa fonction se sont raffinées au fil des époques, passant d’un simple outil utilitaire consacré à l’hygiène du corps, à un véritable objet palimpseste, qui accumule les couches de sens symboliques. Aujourd’hui, c’est pour des raisons esthétiques, mais aussi écologiques, qu’on assiste à son retour dans nos poches! On vous propose une brève incursion dans la petite histoire du mouchoir de tissu, suivie de quelques suggestions d’achats québécois pour emboîter le pas!

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Pour la petite histoire

En Occident, l’ancêtre du mouchoir, appelé sudarium (ou linceul), existait déjà chez les Romains de l'Antiquité. Ces derniers portaient sur leur personne un bout de tissu assez épais qui servait essentiellement à éponger la sueur de leur front et leur nuque. Bien que l’objet mouchoir se répand doucement à travers toutes les couches de la société pendant le Moyen Âge, il faut attendre la période de la Renaissance pour voir apparaître la prescription morale de « se moucher » poliment dans un linge prévu à cet effet. Selon Érasme, célèbre philosophe humaniste, le mouchoir doit faire partie de l’inventaire de l’honnête homme du XVe siècle. Ne pas se moucher et renifler constamment constitue un affront aux bonnes mœurs et un manque de courtoisie (en plus de constituer un risque pour la santé publique!). « Qui se sent morveux, qu'il se mouche! » dira plus tard Molière dans L'Avare (1668). 

Celui qui est courtois aura tôt fait de dissimuler à la vue des autres non seulement l’expression de ses écoulements nasaux, mais également toute chose jugée vulgaire, choquante ou désobligeante. On pense aux lamentations, aux pleurs funéraires, à certaines parties du corps qu’on couvre de modestie, comme dans Tartuffe de Molière (encore lui!) où le personnage éponyme s’exclame: « Cachez ce sein que je ne saurais voir! », à une femme décolletée. Également, la consommation de certains aliments doit se faire à l’abri des regards; on pense à la dégustation coupable et désormais proscrite des ortolans, en France. À plusieurs reprises, le mouchoir a donc fait historiquement office de paravent.

Le tissu qui parle

Tantôt extrêmement ornemental et ostentatoire, il implique l’usage de la dentelle fine ou de la broderie, témoignant de l’aisance financière de son propriétaire. Souvent sobre et dépouillé de tout enjolivement, remplissant parfaitement son rôle hygiénique et utilitaire, ce petit morceau de tissu est tout sauf anodin et a, de tout temps, indiqué sans détour le statut social de son propriétaire. Au XVIIIe siècle, les courtisanes en laissent tomber derrière elles, dans l’espoir qu’il soit ramassé par l’objet de leur affection, qui pourra renifler l’odeur de leur parfum… On l’utilise pour provoquer en duel, pour saluer le départ des bateaux prenant la mer et même, pour écrire des missives en l’absence de papier. 

Dès le XIXe et surtout au début du XXe siècle, il n’est pas rare que certaines instructions militaires soient écrites sur des mouchoirs de tissus et distribuées aux officiers. On raconte aussi que plusieurs poèmes y furent couchés, lorsque l'inspiration des romantiques frappait soudainement. Au début des années 1900, l’omniprésent mouchoir a même servi de matrice pour imprimer des slogans de propagandes politiques!

Une certaine modernité

Désormais, compris et intégré essentiellement comme un élément vestimentaire, le mouchoir a vu sa forme standardisée par l’arrivée des métiers à tisser industriels, pendant la Révolution du même nom. Il devient alors définitivement carré, fait de coton, de lin, de soie ou d’autres textiles doux et agréables au toucher. Progressivement éclipsé dans sa fonction hygiénique par le mouchoir de cellulose de papier (le bon vieux « Kleenex », inventé en 1923 par la compagnie Kimberly Clark), il devient un accessoire de mode qui complémente à merveille le costume trois pièces, vêtement masculin par excellence du XXe siècle en Occident. Le mouchoir en tissu devient « de poche » officiellement lorsqu’il s’y glisse avec un certain panache. Il devient un accent visuel important, souvent contrastant, rangé effectivement dans la poche de cœur, sur la poitrine des vestons. Il y est alors savamment plissé et bien en vue. C’est l’occasion pour les fabricants d’explorer la réalisation de motifs parfois très flamboyants et surtout colorés. Ce sera d’ailleurs par l’emploi de la couleur que le mouchoir deviendra un langage insolite. 

En effet, dès les années 1970, certains membres de la communauté LGBT+, surtout des hommes homosexuels, utilisent le port du mouchoir comme un code discret avec lequel signifier leurs préférences sexuelles à d’éventuels partenaires. Autrement exposée à une énorme prise de risque dans l’expression ouverte de leurs désirs, les membres de cette communauté encore très marginalisée à l’époque,  réussissent à détourner la fonction utilitaire et esthétique du mouchoir pour en faire un objet signifiant qui, très probablement, leur aura procuré une sécurité accrue et une certaine cohésion communautaire.

Ici, maintenant et demain

Aujourd’hui réinvesti de son rôle hygiénique, le mouchoir de tissu se présente comme une alternative écologique au mouchoir de fibre vierge. Il demeure un objet esthétisant, mais son adoption de plus en plus grande par la population témoigne d’un changement de cap dans la mentalité des consommateurs, de plus en plus intéressés par les enjeux environnementaux. Celles et ceux qui désirent réduire leur empreinte écologique ont tout intérêt à s’inspirer des ancêtres et adopter cet accessoire à nouveau! Sachant que la fabrication de son émule en cellulose à usage unique a une empreinte hydrique immense, un cycle de vie très court et polluant, et que sa décomposition est très lente (plus de 3 mois pour se décomposer dans les conditions optimales), toutes les études avancent qu’il est préférable d’un point de vue environnemental de se munir d’un mouchoir en tissu réutilisable! 

Afin d’en tirer le maximum et d’en faire un usage sécuritaire (crise sanitaire oblige),  il faut prioriser l'entretien rigoureux de nos mouchoirs, surtout lorsqu’on est malade! Il est fortement suggéré d’en acheter plusieurs à la fois pour pouvoir effectuer une rotation dans l’utilisation. Ensuite, il suffit de déposer les mouchoirs utilisés dans un contenant prévu à cet effet. On les envoie finalement à la lessive avec le reste de nos vêtements! Pour tuer les virus et bactéries, il est important de régler la température de l’eau à 60 degrés Celsius, et le tour est joué. Un passage à la sécheuse achève de garder nos mouchoirs bien propres… et c’est tant mieux, car la plupart ont le bénéfice de s’adoucir un peu plus après chaque lavage!

Acheter des mouchoirs en tissu faits au Québec

Cet article vous donne envie de vous munir de mouchoirs?  Plusieurs fabricants d’ici peuvent vous aider! On lève le voile sur le travail de quelques artisans chouchous: 

Coo-Mon

Mouchoirs de poche stylisés fabriqués à la main à Montréal. Peuvent être agencés à de jolis nœuds papillon pour les grandes occasions!

Öko Créations

Mouchoirs en coton bio prêts à l’usage dans une pochette fourre-tout pour une utilisation efficace et hygiénique! 

Bateau-Bateau

Des ensembles de 12 ou 24 mouchoirs qui viennent avec leur propre petite pochette distributrice et un panier en tissu pour les entasser en attendant la prochaine lessive. Simple et efficace!

Tshu

Mouchoirs esthétiques, confortables et raffinés. Ils sont parfaits pour les dandys qui se mouchent en exhibant fièrement ces petites œuvres d’art!


Sources: 

https://www.lapresse.ca/societe/2021-02-25/comment-se-moucher-ecolo.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouchoir

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/moteur-de-recherche/segments/chronique/169887/environnement-kleenex-choix-ecoresponsable-reflexion

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