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À première vue, on pourrait y voir une marque de mode. Patricia Méthot, propriétaire de La Pimbêche, n’en croit rien. Les pièces de vêtements, si stylées soit-elles, ne sont que le vecteur pour transmettre un puissant message d’amour-propre.

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« Je ne suis pas une marque de vêtement, c’est pas comme ça que je veux que les gens me reconnaissent », nous dit-elle. « Je suis comme détachée du produit en soi, parce que l’important dans La Pimbêche c’est vraiment la vision et la mission ».

La Pimbêche
Patricia Méthot

Ayant travaillé dans le milieu corporatif, en marketing, en publicité, en relations publiques dans l’industrie de la mode et de la télécom, cela faisait plusieurs années qu’elle assistait, ébahie, à l’inaction face aux enjeux sociaux chez certaines grandes marques.

Je trouvais ça tellement dommage, le pouvoir de ces entreprises-là qui ont tellement de gens, de consommateurs.trices qui lisent leur communications, qui reçoivent leurs publicités, mais qui ne prennent pas position pour un changement positif dans la société.

En 2017, La Pimbêche se lève et fait alors ses premiers pas retentissants. « Grâce à toutes mes communications et à l’art visuel que je crée, mes produits deviennent le véhicule de ces créations ». À partir des habits sérigraphiés, on peut s’insuffler d’entrain et s’allumer l’esprit d’une multitude de slogans, à la fois perspicaces, pertinents, percutants, et juste assez pinçants. Comme des vers d’oreilles emplis d’espoir, on retient, entre autres, « Fierce like Frida », « Girls bite back », « It’s weird not to be weird », ou encore « Property of no one ». 

Le meilleur vendeur à ce jour, « Je suis mon propre sugar daddy », adresse avec adresse le tabou d’une autonomie économique. « Il n’y a personne qui a l’emprise sur moi, il n’y a personne qui a le contrôle financier sur moi. C’est ça le message derrière. Puis c’est drôle, c’est comique ». 

Veste en jeans La pimbêche
Crédit photo: Mathieu Lacasse

« Ce qui est le fun, c’est qu’on a des gens qui viennent nous dire: "Moi cette robe-là, ça veut dire ça dans ma vie.” Puis j’y avais même pas pensé, dit-elle en riant. Moi je lance ça, les gens le lisent, puis ça cogite. C’est ça mon but, c’est de faire réfléchir...»

Peinte sur une superbe paire de pantalons, la phrase « Your comfort zone will kill you », enclenche également des rouages cérébraux. « Le confort pour moi, c’est ce qui est stagnant, ce qui est statique, explique Patricia. Oui, le confort c’est le fun, mais la vie c’est une évolution, c’est un cheminement ». Elle reconnaît qu’il est parfois compliqué de mettre en pratique ces introspections, d’opérer ces changements, surtout lorsqu’on est habitué.e à entendre un discours plus traditionnel. « Évidemment, ça m’est arrivé à moi aussi de vivre des situations où je trouvais que c’était pas le bon moment pour brasser la cage », mentionne-t-elle, en nous rappelant que c’est tout de même à travers ces discussions qu’on arrive à modifier nos codes de pensée vers un monde plus inclusif. 

L’expression « Nothing changes if nothing changes », inscrite sur le dos d’une veste en jeans, renforce d’autant plus cette notion. « De s’empêcher d’avoir des conversations difficiles? Ça aussi c’est limitatif, c’est nocif à l'évolution de notre société ».

Comment alors équilibrer la nécessité des dénonciations, d’oser un ton critique, pourtant surplombé de lumière, d’humour et d’optimisme? Selon La Pimbêche, la solution est de se projeter vers un objectif commun, de tracer un portrait idéal de ce qu’on vise, de ce qui pourrait arriver, avec la conviction qu’on peut collectivement faire mieux.

Les songes collectifs

C’est dans cette même optique que s’est ficelé « Les songes collectifs », projet donnant une voix à la communauté. Publié en février 2022, ce zine explore le sujet de l’émancipation de soi. Poésie, courts récits, témoignages envoyés par la communauté se regroupent dans ce joli livret illustré.

« On reprend notre pouvoir, on veut quelque chose de mieux, on veut guérir, on veut tourner la page, on veut aller vers l’accueil du bonheur. La Pimbêche, on est là-dedans. Si on reconnaît les injustices, on les entend, on les écoute, on les comprend ». 

La prise de conscience est vitale, mais il faut aller plus loin. « On est à la prochaine étape… dans la visualisation d’une meilleure société, une acception, un respect, une compassion de soi-même ». 

Ce mouvement a un nom: Le féminisme intersectionnel. « C’est un terme qu’on a vu émerger récemment », nous affirme Patricia. Tel que décrit dans leur boutique en ligne - une ressource étoffée de bonnes informations - le féminisme intersectionnel est un féminisme solidaire qui reconnaît les particularités des différentes communautés et qui prend en considération la pluralité des réalités des femmes d’ici et d’ailleurs. « Tu ne peux pas avoir une vision de l’égalité qui est linéaire, dit-elle. Ce sont toutes ces différences-là qui deviennent des forces… qui deviennent le joyau d’une société ».

Ce réseau de bienveillance s’exprime tant au niveau des différences économiques et culturelles, que des croyances, des politiques et des différences de genre. « Donc c’est ça le féminisme intersectionnel. C’est aussi très ancré au sein de mon équipe, assure-t-elle. Quand je fais une entrevue et qu’il y a une belle personne qui s’ajoute à l’entreprise, même un fournisseur, ce principe s’applique: si tu n’adhères pas à ces valeurs-là, t’es pas un bon fit ».

Veste en jeans La pimbêche
Crédit photo: Mathieu Lacasse

Pour chaque produit du catalogue, on découvre comme de fait une poursuite de l’équité. « Tout ce qui est imprimé est imprimé ici, se réjouit-elle. Nos sacs sont en tissu recyclé. J'ai été capable de trouver des fins de rouleaux! »

Quant aux populaires foulards, la soie est traitée à Singapour, via une relation d’affaire de grande confiance. « C’est un fournisseur qui est hyper attentionné, précise Patricia. Il y a tellement de conversations derrière, il y a de l'échange. Il y a des certificats, il y a des licences, je veux voir la machinerie, je veux voir la condition des travailleurs et travailleuses, je veux voir les gens… Qu’il y ait une gestion d’opération qui est saine. C’est cette qualité-là que je recherche ». 

L’humain est priorisé, l’éco-responsabilité prime. On redonne même une deuxième vie à des vestes vendues en lots, pour les transformer en exemplaires décorés sur-mesure, uniques au monde. « On rachète un produit qui existe déjà sur terre.»

Il est donc bel et bien possible de se commander une veste en denim ornée d’une œuvre personnalisée. L’artiste La Pimbêche y applique sa signature visuelle à la suite de discussions avec la personne souhaitant l’acheter, histoire de mieux la connaître et d’approfondir l’intention derrière. 

Crédit photo: Phil Nguyen

C’est lors de ce processus, justement grâce à une cliente qui souhaitait avoir une veste personnalisée, qu’est née la toute récente collaboration avec Le Salvas, un organisme opéré par une équipe d’étudiantes en droit, offrant des outils accessibles (podcast, articles, formations) pour faciliter l'auto-éducation à la culture du consentement. « On a travaillé ensemble sur les mots qu’on veut utiliser. Le langage. Les symboles, les papillons, les couleurs du Salvas qui sont le orange et le turquoise ». Au-delà d’augmenter la visibilité du Salvas en servant comme son étendard prêt-à-porter, le chandail est en lui-même une source de financement, avec 40% des profits directement versés à l’organisme.

« C’est ça le but de La Pimbêche. Il y a un message, puis tout le monde bénéficie, tout le monde a un rôle à jouer dans cette histoire-là, dit Patricia. Les gens m’inspirent. Les idées partent de conversations, de témoignages. La Pimbêche devient ce qu’elle est à travers toutes ces relations-là, donc les gens ne se rendent pas compte à quel point ils ont un impact sur l’évolution de l’entreprise, et sur les créations futures ».

La Pimbêche militante

Tout au long du mois de juillet, Patricia se sera d’ailleurs pleinement dévouée à ces concepts inédits, manifestant sa passion en une nouvelle collection militante. « C’est important pour moi de mettre toutes les secondes de mon être, de mon art, dans ma vision. J’y crois tellement ». Le lancement aura lieu lors du 20e Festival Mode + Design de Montréal, avec possibilité d’y assister le 25 août à 17h20 ainsi qu’à 20h30, au Quartier des spectacles.

« Le défilé sera une plate-forme pour crier fort les valeurs de La Pimbêche, dit-elle. Il y a trop de choses à dire! »

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